Cédric Menéroud : « Être MOF ou Compagnon, c’est prendre l’engagement de toujours faire mieux et de servir le métier »
Rencontre avec Cédric Menéroud, 58 ans, qui a passé le concours de MOF après un parcours de Compagnon du Tour de France puis une expérience de formateur.
Pourquoi vous êtes-vous dirigé vers cette profession?
Mes parents étaient fonctionnaires, donc pas du tout dans ce milieu. J’ai quitté les études après la troisième. Dans une revue, on parlait des Compagnons. Je me suis alors rapproché d’eux pour faire mon apprentissage. On m’a envoyé à Nantes. Je souhaitais devenir menuisier, mais il ne restait plus qu’une place en charpente à Pontivy [56]. À 16 ans, je me suis dit pourquoi pas, seule la taille des morceaux de bois change! J’ai commencé comme apprenti chez Armel Jouanno, la plus belle rencontre de ma vie, il m’a fait aimer le métier et a pris soin de me former pendant deux ans.
Comment s’est passée votre formation?
Je suis allé dans toute la France, de Rouen (entreprise Lanfry) à Bordeaux (entreprise Laurent), en passant par Lyon (chez Borrel) ou Angers (Perrault frères). Après une interruption d’un an pour faire mon service national, je suis allé à Toulouse dans l’entreprise Lébé, puis à Paris chez Paris-Charpente et enfin chez Gauvrit, où j’ai été reçu Compagnon. Je suis alors parti à Genève dans la société Casaï, j’ai ensuite fait un détour à Chalon-sur-Saône aux Charpentiers chalonnais et j’ai terminé mon Tour de France à Tours, dans l’entreprise Lubet, après 11 années de formation, de voyages et de labeur pour devenir sédentaire.
Quel a été votre parcours professionnel?
En 1995, j’ai intégré un chantier-école. C’était le premier projet de cette dimension en Europe. Nous devions rénover une ancienne tuilerie et c’est ainsi que je me suis dirigé vers l’enseignement. J’ai animé des formations de charpente-couverture puis j’ai poursuivi avec des cours réglementaires: en amiante, FEEBAT (rénovation énergétique) et SST (sauveteur-secouriste du travail)…
Que vous a apporté votre parcours?
Ce n’est pas le concours qui m’a fait évoluer. Je connais bien mes défauts, mes qualités. Je suis un bon professionnel, très humain, très apprécié, non pas parce que je suis Compagnon ou MOF, mais parce que j’ai rencontré énormément de personnes qui m’ont accompagné et ont fait de moi ce que je suis, des gens bienveillants qui m’ont transmis beaucoup de leurs savoirs. Tout seul, vous ne pouvez rien faire. À plusieurs, vous allez plus loin. Aujourd’hui, je n’ai pas peur de dire que je suis quelqu’un de bien, mais c’est surtout grâce aux autres qui m’ont appris le métier alors qu’au début, mon employeur, qui était également mon maître de stage, me disait: «On part de loin…»
Quand avez-vous passé le concours?
J’ai passé le concours en l’an 2000, à 34 ans. J’avais plusieurs diplômes en poche: un CAP de charpentier, un autre de couvreur, un BP de charpentier, un BP maîtrise de charpentier. Le concours, c’était beau, difficile, mais je l’ai bien vécu. J’encourage d’ailleurs tous les jeunes à le passer. C’est une belle expérience. En tant que Compagnon du Tour de France, j’avais réalisé un chef-d’œuvre pour être reçu, donc j’étais habitué. Je n’étais pas en terre inconnue, je savais ce que je faisais. J’avais besoin de me mesurer à un chalenge professionnel.
Comment s’est déroulé le concours?
La maquette de charpente consistait en un bulbe en pénétration dans un comble droit avec une croupe croche (galbée). Toutes les difficultés de la charpente sont représentées dans le travail. Quand j’ai réalisé ma maquette, je savais que j’allais être reçu. Au point de vue épure et tracé, développé, c’était bon. J’y ai consacré 1500 heures sur deux ans, tous mes congés, mes week-ends, mes soirées… En même temps, je travaillais à l’Afpa comme formateur. Mon employeur m’a facilité la tâche, je disposais d’un atelier de 100 m², je n’étais pas obligé de ranger. Il a aussi pris en charge l’achat des matériaux.
Que vous a apporté le fait d’être MOF?
Une fois que l’on a réussi le concours, il y a le regard des autres. Il faut toujours être performant. On vous attend à chaque écart et vous n’avez aucun droit à l’erreur. Vous devez être irréprochable techniquement et professionnellement dans la conduite des hommes. Être Meilleur Ouvier de France ou Compagnon du Devoir, c’est prendre l’engagement de toujours faire mieux et de servir le métier.
Êtes-vous considéré comme un MOF?
Quand je m’occupais des apprentis, je ne portais pas ma médaille. On me le disait, mais je ne suis pas là pour présenter une décoration, je suis là pour les jeunes. Pas besoin de s’afficher avec des cols ou d’autres artifices. J’ai reçu la médaille de la Ville, pour avoir porté les couleurs de Montceau-les-Mines à l’Élysée, je suis heureux d’avoir eu cette distinction, dans cette ville où j’ai rencontré les gens entiers, justes et vrais…
Quel regard portez-vous sur le concours actuel?
Il y a certaines choses qui ont changé, pas forcément en mal, mais qui ne me conviennent pas. Je regarde tout cela avec beaucoup de recul. Le concours se déroulait sur deux ans. Moi, je l’ai passé à titre personnel, j’avais envie d’essayer, de me mesurer à quelque chose et d’être reconnu par mes pairs. Dans ce concours, il n’y a pas d’argent à gagner… Maintenant, ce n’est pas plus facile, mais je ne m’estime plus être MOF. Je pense qu’il n’a de valeur que jusqu’au concours suivant! À 34 ans, j’étais jeune et performant… Avec l’âge, vous baissez techniquement. Il faudrait remettre son titre en compétition, comme aux Jeux olympiques!