La RE2020 appliquée aux artisans
Entrée en vigueur le 1er janvier dernier pour les maisons individuelles et depuis le 1er juillet pour les bâtiments d’enseignement, la RE2020 impose de nouveaux seuils et de nouvelles méthodes de calcul aux artisans du bâtiment en général, et du bois en particulier. L’occasion de faire le point sur ces nouvelles exigences et de décrypter certains aspects de cette réglementation avec Olivier Cros, responsable technique d’activité thermique au sein de bureau Alpes Contrôles.
Pouvez-vous nous dresser un rapide historique de la nouvelle Réglementation Environnementale 2020 (RE 2020) ?
Olivier Cros : La RE2020 s’inscrit dans la poursuite de la Réglementation Thermique 2012 (RT2012), en lien avec la directive européenne pour la performance des bâtiments.
Jusqu’en 2020, les précédentes réglementations ne prenaient en compte que l’évolution de la performance énergétique des bâtiments. Aujourd’hui, plusieurs lois ont fait évoluer les exigences. La nouvelle réglementation comporte donc un nouveau volet qui s’intéresse à la prise en compte des émissions de gaz à effets de serres des bâtiments.
La RE 2020 n’est applicable que depuis 1er janvier pour certaines familles de bâtiments. Comment expliquer cette entrée en vigueur tardive ?
Le fait que cette réglementation comporte un nouveau volet environnemental représente une évolution majeure qui a donné lieu à beaucoup de discussions entre les différents acteurs du monde de la construction pour aboutir à un consensus, ce qui explique le décalage de son entrée en vigueur au 1er janvier 2022 pour les bâtiments d’habitation, au 1er juillet pour les bureaux et les bâtiments d’enseignement, et à une date ultérieure qui n’est pas encore fixée pour les autres types de bâtiments.
Quelles sont les principales différences entre la RT2012 et la RE2020 ?
Cette réglementation comporte plusieurs évolutions majeures parmi lesquelles le calcul de l’impact du changement climatique du bâtiment avec deux nouveaux seuils : l’IC énergie pour calculer le poids carbone des énergies du bâtiment pendant sa durée de vie fixée à 50 ans, ce qui va favoriser le recours aux énergies décarbonées ; et l’IC construction qui exprime l’impact sur le changement climatique de l’ensemble des composants du bâtiment sur son cycle de vie, de la fabrication des composants à leur fin de vie. Parmi les autres nouveautés, la RE2020 s’attache plus à prendre en compte le confort d’été du bâtiment pour anticiper le changement climatique. Un nouveau calcul dédié au confort d’été fait donc son apparition. Baptisé DH, pour Degrés-heures d’inconfort estival, il détermine un nombre d’heures d’inconfort et fixe des seuils à ne pas dépasser. Autre évolution, le renforcement de la partie énergétique avec 30 % d’exigences supplémentaires concernant la performance énergétique des bâtiments, suivant les mêmes modes de calcul que ceux de la RT2012.
La RE2020 est amenée à évoluer et à se renforcer au cours des prochaines années. Quels seront les futurs seuils à respecter ?
Aujourd’hui, les seuils fixés correspondent à une phase d’apprentissage, de démarrage, et sont faciles à respecter si l’on poursuit une construction conforme à la RT2012. À partir de 2025, ces seuils vont progressivement baisser, de l’ordre de 10 à 15% tous les trois ans, ce qui permettra aux professionnels du bâtiment d’apprendre progressivement et de s’améliorer avec bien sûr en ligne de mire la neutralité carbone pour 2050…
Cette nouvelle RE aura-t-elle des impacts sur le quotidien des professionnels du bois ?
La principale différence concernera leurs habitudes de construction en lien avec la performance énergétique des bâtiments, et plus particulièrement la performance des matériaux d’isolation. Autre nouveauté, quand on va amener un changement de matériau dans le projet : par exemple, si l’on change un bois de charpente traditionnel pour un autre bois labélisé ou écocertifié, il y aura un impact dans le calcul du poids carbone du bâtiment qui va affecter le seuil IC construction. Tout changement en cours de chantier aura une incidence sur le poids carbone du bâtiment. Donc il est préférable pour un artisan de solliciter un référent RE2020 pour s’assurer du respect de ces seuils.
Pouvez-vous nous en dire plus sur ces référents RE2020 ?
On a besoin de personnes affectées à ce suivi de chantier. Il faudrait pour chaque opération faire appel à une personne dans la maîtrise d’œuvre qui soit capable de collecter toutes les informations pour les différents calculs à réaliser. Pour l’instant ça n’est pas obligatoire mais cela me semble important pour le suivi des évolutions.
Les nouveaux calculs engendrés par la RE2020 engendrent-ils un surcoût pour les professionnels du bois ?
Pour la maitrise d’œuvre, la phase calcul est un peu plus longue et nécessite davantage de lien entre l’architecte et le bureau d’études. Pour savoir ce que l’on prévoit dans le bâtiment, il y a plus d’interactions pour calculer le poids carbone et pour le suivi des études. Ce qui représente une mission supplémentaire pour la maîtrise d’œuvre et, par ricochets, un coût pour les entreprises estimé par le ministère autour de 10 à 15 % à l’horizon 2030 du fait du renforcement progressif de l’isolation.
En parlant du ministère, il a finalement retenu l’ACV dynamique comme méthode de calcul. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Cette méthode de calcul a été retenue pour prendre en compte plus justement le moment des émissions de GES et pour valoriser les effets du stockage carbone notamment du bois ou des matériaux biosourcés, partant du principe que les émissions des GES réalisés en exploitation du bâtiment et en fin de vie ont un impact plus faible que lors de la construction. L’idée étant que les émissions des bâtiments vont s’atténuer au fil du temps. Les facteurs définis dans la méthode de calcul vont donc venir lisser les émissions.
Toutes ces évolutions vont-elles impacter la façon de concevoir et de construire les bâtiments de demain ?
Aujourd’hui, la première phase de la RE2020 n’impose pas de changements majeurs dans les principes constructifs car les gains sont déjà identifiés (FDES, PEP). Tous les fabricants de matériaux vont augmenter leurs FDES pour faire baisser le poids carbone des bâtiments grâce au renforcement des connaissances sur les données des ouvrages. Cette nouvelle réglementation va surtout permettre le développement de matériaux ayant un bon bilan carbone comme le bois ou les matériaux biosourcés. Seul bémol, ces matériaux comme le bois diminuent la qualité du confort d’été car ils ont moins d’inertie. En résumé, ce qui est très bien en ACV peut aussi présenter des alertes, des vigilances en ce qui concerne le confort d’été. Aujourd’hui, tous les acteurs de la construction bois, métal et béton améliorent leurs procédés.
Cette réglementation offre aussi la possibilité de développer la mixité des matériaux pour associer différents paramètres afin d’obtenir les meilleures performances en termes de confort d’été et de confort thermique.
Existe-t-il des formations pour familiariser les professionnels à ces nouvelles exigences ?
Pour l’instant, certaines formations sont assurées par quelques acteurs institutionnels comme le CSTB ou par des organismes qui proposent des stages d’initiation. Cependant, il est certain que toutes ces formations vont être amenées à se développer dans les années à venir.