Le « Chien-loup », chef-d’œuvre collectif à la croisée des temps
Quatorze jeunes Compagnons Charpentiers, venus de toute la France, ont relevé un défi audacieux : ériger un chef-d’œuvre de quatre mètres de haut, en hommage à leur histoire et à leur savoir-faire. Baptisé Le Chien-loup, cet ouvrage unique symbolise l’unité des Compagnons, et célèbre les 80 ans de la fusion de leurs sociétés.
Le projet voit le jour en mars 2024, dans les esprits d’Adrien Chenu, Compagnon originaire de Savoie, et d’Antoine Martinet, du département de l’Allier. Leur ambition : créer un chef-d’œuvre collaboratif digne des traditions compagnonniques. Très vite, douze autres charpentiers se joignent à l’aventure. Ensemble, ils imaginent une œuvre qui conjugue techniques ancestrales et outils numériques de pointe : « Nous sommes partis d’une feuille blanche et chaque Compagnon a apporté sa signature », confie Antoine Martinet. Fabriqué à partir de noyer, de frêne et de merisier, Le Chien-loup affiche des dimensions spectaculaires : 4 mètres de hauteur et 1,5 m de largeur pour plus de 230 kg de bois ! Chaque pièce a été façonnée selon les règles du trait, avec tenons, mortaises et assemblages à l’ancienne, dans la pure tradition des Compagnons Charpentiers.
Tradition et modernité
Depuis le XIXe siècle, les chefs-d’œuvre collectifs rythment en effet la vie des Compagnons. Présentées en cortège lors des expositions universelles, ces réalisations grandioses démontraient la virtuosité technique et l’ingéniosité du métier. Le Chien-loup s’inscrit dans cette lignée, tout en lui donnant un souffle nouveau.
« On voulait prouver que les jeunes Compagnons sont encore capables de réaliser des chefs-d’œuvre comme au XIXe siècle, tout en intégrant la modernité », explique Antoine Martinet. Pour la première fois, des outils actuels, tels que des machines à commande numérique, l’impression 3D ou le logiciel de modélisation Cadwork, ont été utilisés pour la conception et la fabrication de cette œuvre compagnonnique avec un objectif : « Montrer que le métier évolue, sans oublier nos prédécesseurs. »
Collaboration
Disséminés dans tout l’Hexagone – Lyon, Toulouse, Orléans, Nantes et Tours –, les Compagnons ont travaillé simultanément, chacun sur un module de l’ouvrage : tréteau, tour renversée, escalier, voile gauche, dôme et flèche torsadée. Depuis le Nord-Isère, la coordination s’est appuyée sur des outils numériques (logiciel 3D, traceur) et sur le soutien logistique de l’entreprise Collonges SAS, spécialisée dans la fabrication de charpentes bois. Cette organisation a permis de conjuguer précision du geste et rigueur de conception, tout en respectant l’esprit collectif.
« C’est un projet d’ampleur. On ne pensait pas qu’il prendrait une telle dimension, poursuit Antoine Martinet. Gérer la conception, la logistique et l’assemblage de toutes les pièces fabriquées aux quatre coins de la France, c’était un vrai défi. Aujourd’hui, on peut dire que nous avons mené un vrai projet de A à Z. »
Fierté collective
Derrière l’exploit technique de ce projet, Le Chien-loup incarne surtout une aventure humaine. Quatorze jeunes, âgés de 22 à 28 ans, ont consacré plus de 80 heures par mois à ce projet, exclusivement sur leur temps libre : « C’est avant tout une fierté collective. On voulait montrer notre passion, notre envie et surtout transmettre notre métier au public. » Une démarche qui illustre le dynamisme et le savoir-faire d’une nouvelle génération de charpentiers, fiers d’appartenir à une tradition qu’ils réinventent avec brio. « C’est un beau message : faire vivre la tradition, tout en la faisant évoluer avec notre temps. »
Exposition
Aujourd’hui achevé, l’ouvrage a été officiellement inauguré le 28 novembre dernier à Plaisance-du-Touch (31), tout près de la ville rose. Exposé sur l’écocampus de la Fédération Occitanie à l’occasion de l’événement « Les Bâtisseurs de demain », il témoigne de la transmission réussie d’un savoir-faire séculaire aux charpentiers de demain. Ancrée dans notre époque, l’œuvre s’accompagne d’un film documentaire qui retrace chaque étape de sa conception, révélant les coulisses d’un chantier collectif hors norme.
Infos techniques
Durée de conception 3D : de mars à juillet 2024.
Durée de fabrication : de novembre 2024 à novembre 2025, avec plus de 80 heures de travail par mois.
Poids : plus de 230 kg.
Dimensions finales de l’œuvre : 4 m de hauteur x 1,5 m de largeur.
Matériaux utilisés : bois (noyer américain, merisier, frêne), quincaillerie, accessoires de finition (vernis, miroirs, vitres…).
14 Compagnons pour un projet commun
À Lyon, Grenoble et Annecy, Nicolas Munck (Haut-Rhin), William Mathurin, Rémi Bellissent (Isère), Adrien Chenu (Savoie), Romain Vanstraceele (Pas-de-Calais) et Antoine Martinet (Allier) ont œuvré sur le module central.
À Toulouse et Tarbes, Damien Taristas et Lucas Sajas (Gers) ont participé au montage du module voile gauche et de l’escalier.
À Tours et Nantes, Mattéo Clerc (Ain), Armand Latreuille (Charente) et Guillaume Fourtier (Jura) ont travaillé sur le tréteau.
À Orléans, Étienne Coussieu (Ardèche) et Aurélien Heni (Rhône) ont conçu le dôme et la flèche torsadée.
Les partenaires du projet
Cette réalisation a bénéficié du soutien matériel et technique de Würth, GallinBois, Lalliard, SIA Abrasives, Shaper, Rubio Monocoat, Freud, Felder Group, Cadwork, Largeot & Coltin, Heco Schrauben et Piher.