« Le parquet doit moderniser son image »
Jean-Marc Legrand a succédé cette année à Jean-Luc Roy à la tête de l’Union française des fabricants et entrepreneurs de parquets (Uffep). L’occasion de faire le point avec le nouveau président sur le marché du parquet en France et sur les enjeux de la profession.
Ingénieur bois diplômé de l’Enstib et dirigeant depuis 2010 de l’entreprise française de parquet contrecollé Berry Wood, appartenant au groupe Beaulieu International, Jean-Marc Legrand fait le point sur l’industrie française du parquet et sur la mission de l’Uffep en quatre questions.
Quelle est la production française de parquet et quelles sont ses caractéristiques?
Jean-Marc Legrand : La France produit 2,6 millions de m² de parquet massif et 2,8 millions de m² de parquet contrecollé. Derrière ce chiffre se cachent des entreprises de tailles très variées, familiales ou appartenant à des groupes internationaux. C’est un monde qui, comme l’univers du bois en général, rassemble des passionnés. Tout au long de ma carrière, je n’ai que très rarement croisé, dans ce secteur d’activité, des gens indifférents à ce matériau noble et vivant. On travaille, on évolue dans le bois par passion. C’est rarement la profitabilité qui attire en premier lieu. La passion est maîtresse de nos intentions et la raison est gardienne du chemin à poursuivre.
À quels problèmes doit-elle faire face?
L’industrie du bois, et du parquet en particulier, requiert une surface financière importante. Elle demande des investissements d’équipement élevés. Le processus de fabrication suit des cycles longs en raison du temps de séchage du bois, indispensable à la stabilisation de la matière. Un fabricant attend en moyenne trois à cinq mois avant de commencer à travailler son produit, ce qui induit des stocks très volumineux de matière première immobilisée, donc des coûts élevés. Cette contrainte est surtout présente chez les fabricants de parquets massifs, qui sont en très large majorité également des scieurs. Par ailleurs, comme l’a démontré la FNB, la disponibilité de notre matière première s’amoindrit en France. Depuis plusieurs années, les tarifs des grumes flambent en raison de demandes asiatiques en forte croissance et les bois de qualité se raréfient. Le marché devient de plus en plus concurrentiel : parquets fabriqués à l’étranger, mais aussi autres revêtements de sol, comme le LVT, la céramique, le stratifié, qui copient les parquets de manière de plus en plus poussée et inventive et mènent la guerre sur les prix.
Comment contourner ces difficultés?
Le parquet garde une valeur émotionnelle forte dans l’esprit du public. Nous devons parvenir à mettre mieux en avant l’authenticité qu’il inspire. Nous devons aussi insister davantage sur ses qualités socio-environnementales. Il faut absolument montrer, par exemple, que la filière du parquet ne génère pas de CO2 et que, au contraire, elle en consomme de la naissance de l’arbre à la fin de vie du produit parquet. Pour mieux communiquer sur ces atouts, nous allons moderniser l’image de l’Uffep. Notre nom devra évoquer plus efficacement notre mission de valorisation des parquets fabriqués en France. Nous devons nous efforcer d’ouvrir nos portes, de parler davantage de nous, de nos métiers, de notre industrie, de notre haut niveau de technicité. Nous devons aussi absolument faire mieux connaître et reconnaître le label Parquets de France que nous avons créé en 2010, et communiquer davantage sur la préservation des emplois en France que représente l’achat d’un parquet français.
Quels sont les autres enjeux pour l’Union?
La formation professionnelle ! Il devient urgent d’attirer la nouvelle génération dans nos métiers. Nous visons la création d’un certificat de qualification professionnelle bois généraliste. En effet, il serait plus attractif, je pense, pour les jeunes, de leur proposer une formation professionnelle plus variée qui regrouperait tous les corps de métier, de la tonnellerie, par exemple, à l’usinage du bois, et qui leur offrirait un choix plus large des métiers et d’évolution de carrière. Nous le voyons en entreprise : la polyvalence bénéficie aux salariés, valorisés et motivés, mais aussi à l’employeur, qui gagne en flexibilité en variant les missions et les tâches. Mais le cheval de bataille de l’Uffep pour les prochains mois est l’entrée du parquet dans le classement Upec des revêtements de sol, qui permettra de fournir des solutions techniques viables et validées, facilitant la prescription du parquet. Cette intégration renforcera la crédibilité du parquet dans un environnement professionnel aujourd’hui extrêmement normé, demandeur de référents techniques. Enfin, en interne, nous projetons de faire venir d’autres adhérents, notamment des entreprises de pose du parquet, grâce à une adaptation des cotisations et au moyen d’événements tels que des journées de formation. Nous nous devons de nous rassembler et d’unir nos compétences dans la quête de nos objectifs.