Meilleurs Ouvriers de France : « Je voulais me challenger ! »
Louis Monier.
Louis Monier est menuisier à Paris, cours de Vincennes dans le xxe arrondissement, dans le prolongement de la rue du Faubourg-Saint-Antoine, haut-lieu du travail du bois depuis le xviie siècle. Cet atelier est chargé d’histoire puisqu’il abrite la cinquième génération d’artisans du bois en ce lieu.
Dans cet immeuble au style Arts déco, sont réalisés des bois de sièges inspirés des maîtres du xviiie siècle ou des pièces contemporaines pour les plus grands décorateurs actuels. Louis Monier, Meilleur Ouvrier de France, créateur de l’atelier, ancien élève de l’école Boulle, est très attaché à la transmission de son métier. Il a su s’entourer d’une équipe de véritables menuisiers en sièges. L’étude, le dessin, la conception et la fabrication d’un siège sont un art à part entière dans l’ameublement. Le siège est un des objets les plus complexes à réaliser dans les arts décoratifs. Il est une véritable sculpture qui s’épanouit dans l’espace telle une charpente. En contact direct avec le corps, il est issu de nombreuses recherches d’ergonomie. Pour le définir dans l’espace, les sciences de tracés de la géométrie descriptive utilisées depuis le xviiie siècle sont associées aux outils informatiques pour réaliser les intérieurs de demain. Le menuisier en sièges est un véritable chef d’orchestre, capable de coordonner tous les corps de métiers qui gravitent autour du siège. Pour l’esthétique, la complicité avec les sculpteurs, tourneurs. Pour la finition, avec les doreurs, vernisseurs. Enfin, pour l’ergonomie et le confort, avec les tapissiers, canneurs. Alliance d’esthétisme, d’ergonomie et chef d’œuvre de technicité, le siège traverse les époques en sachant se renouveler pour s’adapter aux intérieurs luxueux.
Rencontre avec Louis Monier
Meilleur Ouvrier de France, créateur de l’atelier, ancien élève de l’école Boulle.
Depuis quand êtes-vous MOF ?
Je me suis inscrit au concours début 2017 et j’ai reçu mon titre fin 2018, j’avais 29 ans. La remise officielle du titre s’est déroulée en mai 2019.
Comment s’est passé votre concours ? Que deviez-vous réaliser ?
Dans ma catégorie, en Menuiserie en sièges, je devais réaliser un siège sur le thème de la mangrove, les lignes et galbes du siège devait s’inspirer de cette flore tropicale. Les lignes du siège sont ainsi sinueuses et courbes comme les racines de palétuviers. Dans le sujet, je disposais d’un simple croquis et de quelques cotes à respecter. Une première étape d’études et de maquettes a été nécessaire pour appréhender les volumes et formes du siège, ensuite une mise au plan pour obtenir des calibres de fabrication grâce aux techniques de géométrie descriptive. La fabrication du fauteuil en bois massif de palissandre des Indes a été effectuée dans mon atelier, en parallèle de mon entreprise à gérer. Un canneur a réalisé le cannage de rotin et enfin, un dossier de réalisation était également demandé. Cela m’a pris au total environ 900 heures.
Pourquoi avez-vous passé ce concours ?
Je l’ai d’abord passé car j’étais attiré par les pièces qui étaient réalisées dans le cadre de ce concours et je voulais me «challenger» et réaliser une pièce de cette envergure. Pour le titre en lui-même, je voyais ça un peu comme une sorte de maîtrise, comme dans le passé pour les menuisiers et ébénistes au xviiie siècle. Ce n’était pas l’aboutissement d’une carrière mais plutôt le début. Comme une validation de mes pairs.
Comment vous êtes-vous dirigé vers cette activité ? Votre famille était-elle dans ce secteur ?
J’ai voulu travailler le bois dès l’âge de six ans, en bricolant chez mes grands-parents. Ensuite, j’ai découvert la Menuiserie en sièges à l’école Boulle et cela m’a attiré, bien plus que l’ébénisterie. J’avais des ancêtres dans le bois en Bretagne, mais je l’ai découvert après avoir choisi cette voie, donc cela est sans doute dans les gènes familiaux.
Quelle a été votre formation ?
J’ai passé cinq ans à l’école Boulle, dans l’atelier de Menuiserie en sièges, d’abord trois ans en FMA (formation des métiers d’art) à l’issue desquels j’ai obtenu mon CAP et deux ans en DMA (diplôme des métiers d’art) à la suite desquels j’ai obtenu mon DMA.
Que vous a rapporté ce titre en termes de notoriété, clientèle ? À l’inverse, êtes-vous connoté entreprise de luxe ?
Cela a apporté de la confiance et cela a rassuré ma clientèle et mes futurs clients. Cela est assez récent donc je n’ai pas trop de recul sur les effets. Ma clientèle et mon activité ont toujours été orientées sur le luxe et le haut de gamme. De ce point de vue, cela m’a plutôt conforté dans cette direction. Depuis que je suis MOF, l’entreprise est devenue Entreprise du Patrimoine Vivant en mai 2021.
Continuez-vous à évoluer dans votre travail ?
Bien sûr ! Les métiers d’art sont en constante évolution et les acteurs de ces métiers le sont tout autant. Le titre MOF a été une étape pour moi, je suis tout le temps en quête d’évolution.
Quelle est votre opinion sur ce concours ?
C’est très important de faire parler de nos métiers et de les faire rayonner à travers ce concours. Le dépassement de soi à travers son métier est quelque chose de très valorisant pour moi, voire viscéral. J’ai pu assouvir cette soif de défis à travers le concours.