Triple MOF ! Rencontre avec un amoureux du bois qui a obtenu trois titres !
Concours MOF Menuiserie 1976. Sujet imposé représentant une calotte sur plan hexagonal, traitée en pur Dorique mutulaire. Les profils (moulure et plate-bande) sont dégressifs et les colonnes galbées avec des cannelures. L’ensemble a demandé (étude et réalisation) 1000 heures de travail. Réalisé en sapelli, (bois tropical).
Dans cette épreuve spécifique de l’approche de la perfection, le candidat dispose d’un temps donné et de matériaux de base pour réaliser son chef-d’œuvre. La méthode choisie, l’organisation, le geste, la rapidité, le savoir-faire et le respect des règles du métier sont contrôlés par un jury. Par la diversité des spécialités régulièrement mises à jour, son ouverture aux métiers modernes et ceux de la haute technologie, le concours n’oblige plus d’être préalablement de la famille des Compagnons. Le candidat récompensé conserve son titre à vie avec l’indication de la spécialité suivie de l’année d’obtention. Rencontre avec Alain Clairac, qui a passé trois concours MOF en menuiserie, charpente et menuiserie de siège ! Il est à la retraite mais continue d’être actif…
Quelle a été votre formation ?
Je suis issu d’un milieu paysan très modeste. Ma formation initiale a été obtenue dans un centre d’apprentissage où le métier était enseigné avec les outils manuels de base qui nous imposaient de communiquer avec la matière. Le CAP en poche au terme de trois années, à l’âge de 17 ans, j’ai trouvé un emploi chez un artisan rural avec une grande variété de travaux et un parc machines très restreint. L’autonomie laissée par cet artisan m’a rendu encore plus curieux et a participé à activer mon expérience. C’est une chance d’avoir connu cette période où nous allions sur le chantier, la caisse à outils, la varlope (rabot) et la scie à refendre dans une brouette. Après le service militaire, je fus sollicité pour un poste de chef d’atelier en menuiserie et charpente dans une entreprise générale. Autodidacte et boulimique de savoir, je développais mes connaissances en géométrie et abordais la géométrie descriptive. Faire des objets en bois dans mon enfance m’a aidé, je pense, à visualiser les formes dans l’espace.
Pourquoi avez-vous passé le concours de MOF ?
Pour sanctionner mon savoir-faire, je passais à 23 ans (minimum requis pour se présenter) le brevet de maîtrise et attirais l’attention du président de jury car j’étais le premier candidat à obtenir le diplôme sans être passé par la Philomathique de Bordeaux. Créée en 1808, l’École Philomathique de Bordeaux était alors une société savante, centrée sur la promotion du savoir, la diffusion de la culture et la vulgarisation des sciences et des techniques. Aujourd’hui, cette école poursuit son œuvre, avec ce même dessein : répandre l’enseignement auprès des adultes. De ses murs sont sortis pas moins de 60 MOF. Ce fut la rencontre du Père Morlaas, président de jury et professeur à la « Philo », qui m’invita à venir en cours du soir pour augmenter mon capital savoir. Le concours « Un des Meilleurs Ouvriers de France » en menuiserie intervint et je réalisais un dôme.
Pourquoi avoir tenté un second concours ?
En 1976, je fus admis MOF et, pendant l’exposition à Paris, une bande de Compagnons regardaient nos ouvrages avec condescendance sur un ton de supériorité, voire de mépris. Il ne m’en fallut pas davantage pour les défier et pour rabattre leur caquet, faire le concours de MOF en charpente. Ce serait le prochain défi, qui a nécessité l’approfondissement des connaissances utiles dans ce domaine.
En 1977, j’acceptais le poste de professeur en remplacement du Père Morlaas pour dispenser mon savoir-faire tous les soirs de 19h à 21h et parfois en cours du jour et parallèlement, je m’installais artisan et formais des apprentis.
L’objectif du concours MOF en charpente ne m’a pas quitté et fut atteint en 1991 en réalisant une charpente qui regroupe beaucoup de difficultés géométriques.
À vouloir toujours mieux faire, je me suis aperçu que j’avais attrapé cette maladie, qui est le perfectionnisme, elle s’est insidieusement installée. Fort heureusement, ce n’est pas un perfectionnisme névrosé,
Et pourquoi avoir tenté un troisième concours ?
Pendant l’enfance, mon être s’est construit dans un état d’infériorité et, doutant toujours de mes compétences, les challenges, les défis me sont nécessaires, je peux enfin m’exprimer. Toujours avide de géométrie, un troisième métier, un troisième concours MOF faisant appel à ces connaissances me clignait de l’œil, la menuiserie en siège. Donc, 16 ans après la charpente, le temps d’apprendre et de maîtriser ce métier, je réalisais un siège qui fut sanctionné par un troisième titre de MOF.
Carnet d’adresse : Alain Clairac https://www.facebook.com/alain.clairac