Meilleurs Ouvriers de France: « Cela devient une obsession ! »

Meilleurs Ouvriers de France: « Cela devient une obsession ! »

La réalisation d’un chef-d’œuvre ou œuvre magistrale constitue la base du concours.

Lors du concours de MOF, les candidats doivent faire preuve de bon goût en choisissant les essences de bois appropriées à la réalisation d’un ouvrage de grande qualité. Afin d’agrémenter l’œuvre, ils peuvent inclure divers décors tels que filets de marqueterie et anneaux de buis sur les éléments tournés. Les membres du jury sont généralement renouvelés tous les deux à trois examens. Les œuvres des candidats qui portent un numéro d’anonymat sont mises en place dans une salle par des personnes extérieures au jury. Chaque œuvre est ensuite examinée en détail. Un jury par discipline comprend environ six à neuf jurés en moyenne. Chaque jury est assisté par un inspecteur de l’éducation nationale pour suivre son bon déroulement

Rencontre avec Marc Menouillard Menuisier – Ebéniste, Meilleur Ouvrier de France en Tournerie d’Art, Plaisia (Jura)

Depuis quand êtes-vous MOF ?

J’ai obtenu le diplôme de MOF en 1997 à l’âge de 37 ans. Outre le fait d’être reçu à la Sorbonne et par le président de la République à l’Elysée, le plus gratifiant est d’être reconnu par les Meilleurs Ouvriers de France de la profession. Faire partie de cette grande famille reconnue dans le monde entier est la plus belle des récompenses.

Quelle a été votre formation pour le concours ?

Ma formation est assez classique avec un CAP de menuisier agenceur, puis j’ai intégré l’entreprise familiale. Je suis issu d’une famille à la fibre artisanale et artistique, mon père était menuisier-ébéniste. L’entreprise a été créée en 1965 par mon père, Henri Menouillard. Au contact de l’atelier depuis mon plus jeune âge, j’ai rapidement eu l’envie de concevoir. J’ai été attiré assez tôt par le métier car je voyais souvent de jolis meubles sortir de l’atelier familial. Les domaines traités étaient aussi bien de l’agencement de cuisine à la fabrication d’escaliers, de meubles, en passant par la restauration. En 1994, j’ai succédé à mon père. En privé, j’ai consulté divers artisans pour obtenir des bases sur le tournage sur bois et marqueterie.

Comment avez-vous eu l’envie de concourir ?

En 2000, j’ai obtenu le diplôme de Maître Artisan, puis remporté le Grand Prix des métiers d’Art départemental, option ébénisterie contemporaine. En 2007, j’ai reçu le Grand Prix des métiers d’Art départemental, option Métiers de la restauration et conservation du patrimoine. J’ai parcouru plusieurs expositions de MOF mais également des musées dédiés aux chefs-d’œuvre de Compagnons du Devoir. À chaque visite, j’étais admiratif devant ces prouesses techniques, artistiques représentant un immense savoir-faire. Petit à petit, l’envie de se présenter à ce difficile mais très beau défi s’est installée, puis la décision d’y participer est venue. Vouloir savoir jusqu’où on peut aller en prenant le temps nécessaire et en donnant le maximum pour réaliser un ouvrage unique et de très haut niveau. L’exécution de l’œuvre a demandé plus de six cents heures de travail et de recherche.

« Vouloir savoir jusqu’où on peut aller »

Le titre MOF ne vous enferme-t-il pas dans le travail pour des châteaux, pour le luxe… Travaillez-vous encore pour des particuliers ?

Faire le concours transforme inévitablement car cela devient une obsession : surmonter les difficultés techniques, maîtriser la rigueur des cotes et parfaire les éléments imposés par le plan. Atteindre la perfection procure une immense satisfaction et permet également de laisser libre cours à son savoir-faire et à sa fibre artistique pour sublimer l’ouvrage sur les parties laissées libres aux candidats. Cette épreuve génère un épanouissement, donne de l’assurance pour accomplir d’autres travaux. Le titre de MOF ne m’enferme pas du tout dans le travail pour des châteaux et le luxe. Je travaille essentiellement pour les particuliers qui souhaitent des tra – vaux personnalisés et qui recherchent des compétences. En cela, le titre de MOF est une référence. Bien sûr, j’ai quelques demandes pour des églises…

Continuez-vous à évoluer dans votre travail ?

Oui, dans son travail on évolue toujours, ne serait-ce que gagner en rapidité. Mais également avec l’expérience acquise, émettre plusieurs propositions pour solutionner certains projets.

Avez-vous été Jury MOF ?

Après l’obtention de mon titre, j’ai été consulté pour être jury. Pour juger les œuvres, nous sommes convoqués un jour bien précis par le président du jury. Nous contrôlons avec précision ce qui était imposé au cahier des charges : respect des cotes, respect des moulures, des formes… Nous évaluons ensuite la partie artistique, la créativité, la qualité d’exécution, la perfection dans le détail, la qualité de finition, le bon choix des essences (bois) employées. Chaque critère est noté puis nous faisons une moyenne qui doit atteindre la note minimum de 17/20.

par Hughes Chauffray